Rue Bricabrac

Pourquoi je ne suis pas soumise (2)

JE suis bien trop mécréante pour que cela m'effleure. J'avais déjà hasardé une vague opinion sur la ressemblance, dans ses récits et autofictions, entre la soumise et la mystique.

J'ai vu Dominique nique nique aujourd'hui. Nonnette pas encore Soeur Sourire, une jeune fille qui se cherche rejoint les Dominicaines. Elle entre dans sa cellule et sur le haut de l'armoire, sommeille un martinet, discipline moderne (je ne sais pas quand le Clergé décida de supprimer cet instrument d'auto-flagellation, s'apercevant que l'extase mystique était en fait un très profane et trivial orgasme et si au début des années soixante, la future chanteuse naïve aurait pu s'en servir).

D'un tempérament volcanique, la novice tient tête à la Supérieure, mange en dehors des heures prescrites et se retrouve dans une belle scène de l'imagerie bdsm : mains liées au dos, en chemise sous la pluie, à genoux sur la pierre et interdite d'intérieur tant qu'elle n'aura pas picoré sa pitance à même une assiette au sol.

Rue Bricabrac, bdsm, insoumission
D.R. Océans Films

Culte : 1 - Cul : 0 (évidemment en ce qui me concerne, histoire de désamorcer les commentaires du style "chez moi ça marche").

À suivre



Mais les voiles (shopping)

Pour en finir (formule rhétorique s'il en est, je ne suis pas une obsessive d'opérette, je n'en finis pas de remettre mille fois l'ouvrage sur le métier, et les idées fixes sur le papier électronique) avec la série des voiles, un petit shopping parmi les objets du culte.

Rue Bricabrac, voile, bdsm Sois belle et tais-toi, comme au temps du cinéma muet, belles Kismet ou Loulou, nimbées de chiffon, puisque c'est ainsi qu'on dit mousseline à Hollywood, mes amies en noir et blanc, Lily, Louise... Rue Bricabrac, voile, bdsm
Il y en a qui vont à Venise se gondoler le temps d'un voyage de noces, sabler sur la lagune leurs épousailles dans cette ville qui s'enfonce, chronique d'une mort annoncée. Je préfère faire la noce, sous un domino de nonne et un masque de Venise Rue Bricabrac, voile, bdsm
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Rue Bricabrac, voile, bdsm Privation sensorielle totale ou partielle. Plus d'yeux, plus d'oreille, plus de lèvres. A peine si ton odeur peur passer la lugubre cagoule. En version light (et polyamide, horreur), les masques de nuit, complimentary des compagnies aériennes. C'est vrai que ça aide à s'envoler. Rue Bricabrac, voile, bdsm
Rue Bricabrac, voile, bdsm Rue Bricabrac, voile, bdsm Jeux de nuit et de lumière, couverte, certes, mais tellement plus que nue, prise dans les ombres chinoises de voiles un peu chichis (mais tellement chaud et jolis). Le bondage, ce n'est jamais qu'une voilette en plus musclé.
Il fait chaud, le fouet, les bougies, tes mains, l'habituel frusquin, je cuis. Alors, toujours dans la note dentelles et masques, je vole de l'air, je me cache un peu, pour ne pas jouer les filles de l'air, en attendant que d'autres pyrotechnies ne m'étourdissent et m'ensorcellent. Rue Bricabrac, voile, bdsm
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Mais les voiles (Parce que je ne vaux rien)

Rue Bricabrac, voile, photo

photo Kulhanak

Le sujet qui fâche, à propos du voile, le voilà. Impossible de ne pas s'étendre, par analogie au moins, sur ce voile qu'on a voulu appeler foulard comme si le tchador avait quelque rapport - même cousin à la mode de Bretagne - avec le carré Hermès ou les coiffes des martiniquaises. Ce tchador, un peu étoffé, devient burqa. En cuir, ou en latex, c'est une cagoule. Dans les deux cas, j'entends la même chose. Et je n'aime pas du tout ce que ça me raconte.

Rue Bricabrac, voile, Belphegor

Les voiles, si affriolants, ne sont plus des dentelles, ni des mousselines (mousselines de soie, mes madeleines, déjà enfant, je m'enveloppais dans celles de ma mère, qui en avait de toutes couleurs, si légères, si gigantesques pour moi qui étais si petite, fragancée en Femme de Rochas, capiteuses autant qu'aériennes, matières à tous les costumes du monde, cheik ou Shéhérazade selon l'humeur...).
Ceux dont il est question aujourd'hui sont de lourds suaires, du drap plombé au tombé sans détours. De celui qui faisait une carapace effrayante à Belphégor, momie fantôme du Louvre, néfaste créature remontée des enfers qui aurait troqué ses bandelettes pour cet épouvantable rideau.

Rue Bricabrac, voile, burqa

photo Chrisuk

Je l'ai dit, je me garderai bien de faire rimer dominant avec taliban. Simplement, dans la pratique, dans ce besoin de cacher les yeux ou la tête de la femme, je ne peux lire que la même négation. L. m'a envoyé un jour des photos de sa femme en larmes, en précisant à quel point il la trouvait belle ainsi, en ajoutant des mots très durs pour ceux qui bandaient les yeux de leur soumise pour ne pas avoir à voir ces larmes. À mon avis, il n'y a pas que les larmes qu'ils ne veulent pas regarder. Peut-être n'ont-ils pas envie de savoir leur jouissance. Ou plus sûrement, ils ne veulent pas qu'elles puissent être les témoins de leur jouissance à eux, de leurs peurs et paniques devant cet ouragan de sentiments contrastés que font naître les jeux sm. Dans les temps passés, les bourreaux étaient ceux qui portaient la cagoule. Dans nos jeux, c'est l'inverse. Le bourreau, sado ou dominamant, est connu de sa suppliciée volontaire, il n'a plus à se cacher. En revanche, il peut avoir envie de diminuer celle qui pourrait lire en lui.
Et plus loin, à la nier. Je te cache, je te recouvre, tu n'existes plus... tout à fait. Je te dépossède de ton identité. Je te la vole d'un voile devenu éteignoir. Le bandeau, synecdoque du voile, permet de laisser la bouche libre, puisque la femme n'est plus qu'un trio de trous, une entité toujours féminine mais possiblement interchangeable.
Sous un voile opaque, je suis une, je ne suis plus là. Je ne suis pas non plus tout à fait là.

Rue Bricabrac, voile, tchador

photo Chrisuk

Je pense aussi à celles qui ont un "nom de soumise". Chiennetruc, Biduleslut, ou un joli prénom, Lolalou, ou un surnom chantant, Sinueuse... Il peut servir à bien marquer la frontière entre la vie sociale et la vie sexuelle, nous savons combien il est parfois dangereux d'abolir cette ligne blanche. Je n'arrive pourtant pas à m'ôter de la tête qu'en me renommant, on me gomme. Mon vrai moi, il est pareillement présent quand je suis à tes genoux que quand je suis en réunion de travail. Ma posture, mon état d'esprit... ne sont pas les mêmes. Une identité n'est pas un jeu de Lego, on ne s'amuse pas à taper du pied dedans sous prétexte de mieux la reconstruire, à sa main. Le cas échéant, on se modèle, avec le temps, au contact l'un de l'autre, comme des galets. La femme n'est pas de l'argile dont on croit faire les golems, on ne la crée pas par l'occupation, par l'oppression. Et ce n'est pas en l'étouffant dans un cocon qu'on lui fera croire qu'elle est chrysalide. Assez de mensonges !

Et puis j'ai toujours, si je ne veux pas, plus voir, le loisir de fermer les yeux. Et j'aime quand tu exiges que je les ouvre, que je t'observe te branler et jouir sur moi (s'il y a un jeu qui consiste à caser "éjac faciale" dans un texte, je pense qu'ici, il est bien placé), que je me calcule telle que tes mains m'ont façonnée, bondée, dilatée.

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Mais les voiles (Parce que je le veux bien)

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© Craig Morey

Avant d'en arriver aux sujets qui fâchent, quand on parle du voile, il y a l'érotisme. Pas forcément consensuel non plus, ce voile-là sait se révéler sensuel. Nous (les femmes chattes ou chiennes, soumises ou maso, sub ou kajira) jouons dans une cour où nos hommes sont souvent voyeurs et nous aiment plus que nues, au-delà d'ouvertes, exposées, forcées, écartées, spéculées (oui, je sais...), bref, exhibées. Pour leurs yeux seuls, pour ceux des autres, sujets de désir devenus objets de fierté (quand pas objets tout court, question de goût, de couleur, de saison, d'envie, d'opportunité). Combien demandent cette nudité (parfois parée de deux ou trois accessoires fétiches de base, talons, bas, collier, plug...) dès la première rencontre, dès avant (tu m'attendras etc.) ou la provoquent très vite, pour la gêne, pour leur plaisir.
Je me prépare, tu me dépares.

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© Craig Morey

Mais combien aussi connaissent ce trouble du presque vu, de l'entrevu, du promis mais pas tout de suite, de l'échantillon aguicheur. A poil, Salomé n'aurait jamais obtenu la tête de Jokanaan. Au bout de sept voiles, c'était dans la poche, ou plutôt, sur un plateau. T'obliger à m'éplucher pour trouver la peau, à ébouriffer trop de tissu, à fouiller soie et mousseline, c'est comme te faire monter l'escalier, ce meilleur moment de l'amour. Je me cache, un peu, si peu, pour mieux me découvrir, pour mieux te laisser me découvrir. Le vêtement, le voile, c'est le papier autour du cadeau, la pochette crissante de la surprise scellée. Certains très beaux bondages font bien comprendre qu'il suffit de cacher ceci pour mieux révéler cela. Dans cette optique, non seulement j'accepte le voile, mais encore je le réclame.
Pour nous, je prend le voile, le chanvre, le cuir, le satin...

Rue Bricabrac, masque, photo

photo Raven69637

Le voile peut aussi me permettre de voir sans être vue, il se fait alors masque ou voilette, éventail à la rigueur. Il met mon visage dans le flou, et ne laissera voir que ce que je cache à la ville, mon corps. On ne me reconnaîtra pas, il ne figure pas sur mes pièces d'identité, il ne fait pas partie de ma façade sociale, il est comme un pseudonyme qui recouvre mon patronyme. Si un jour, je devais aller à une soirée, dans un club, ce ne serait pas à visage découvert. Qui sait même, tellement peu voyeuse que je suis, si je ne voudrais pas avoir aussi les yeux bandés. Comme les enfants, ce que je ne vois pas ne peut pas m'atteindre. Surtout, je n'ai aucune envie d'être le témoin des regards des autres sur moi, fussent-ils appréciateurs. (Je ne reviendrai pas sur les bienfaits du bandeau qui dans les jeux de cire ou de fouet potentialise la surprise, attise la peur, renforce les sensations et m'isole dans un monde où je suis seule.)
Le voile ici est transparent.

(À suivre...)

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Mais les voiles (intro)

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© Craig Morey

Comme toutes les photos de Craig Morey, cette femme cagoulée d'arachnéenne dentelle est magnifique. Elle a du mystère, un regard droit, une pose hiératique, on peut croire qu'elle a elle-même posé ce voile, au dessin que je vois moucharabiehs bien qu'il soit fleuri, sur ses cheveux, ses lèvres, ses yeux, son cou, pour que sa nudité n'en surgisse que plus claire, que plus chair. Ou la danse terminée, les six premiers voiles déjà au sol, elle s'apprête à ôter ce dernier rempart qui livrera ce qu'elle a de plus secret, à celui qui lui fait face.

En même temps, cette envoilée calme et fière me renvoie, je ne peux faire autrement, à d'autres tchadors, à de connues cagoules, à des bandeaux, à des masques, à des cornettes, à des burqas, à des suaires...

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© Craig Morey

Cacher la tête des femmes se retrouve, à la louche, dans deux grandes catégories de la population, on va dire comme ça. Les extrémistes religieux (et qu'importe le grade de celui qui porte la calotte, curé ou rabbin, imam ou pope) et les dominateurs. Et ça m'interroge. Très fort. Je ne veux pas faire d'amalgame, d'assimilation hâtive. J'ai juste envie d'un slalom entre tous ces voiles, du foulard d'Audrey Hepburn aux princesses du Golfe en virée chez Sephora, des perruques des juives pieuses aux vénitiennes le temps d'un carnaval, de Belphégor à Kismet.

Pourquoi cacher le visage d'une femme ? Les talibans (et assimilés) vont parler de pudeur (et leur peur ?), de religion (bidon). C'est, on l'a compris, de négation qu'il s'agit. Les doms vont parler d'humiliation, de vulnérabilité, de privation. On s'approche. Les femmes juives orthodoxes se rasent la tête, encore une manière de mettre dieu à la sauce d'un homme qui ne cherche qu'une seule chose, rendre sa femme la moins désirable (à l'autre ? à lui ?) possible. J'ai aussi vu des soumises ainsi rasées, pour être les plus nues possible, le moins parées. Je m'interroge sur la sensualité du partenaire, fût-il phrénologue. Mais là, c'est une autre histoire, on ne cache plus le désirable, on montrer l'indésirée.

Rue Bricabrac, voile, photo, Craig Morey

© Craig Morey

Souvent , on voit les yeux, cela vaut mieux, pour que la femme cachée puisse tout de même voir où elle va. Les yeux miroir de l'âme, la vieille antienne ; les yeux bordés de khôl ou de kajal des beautés en tchador et en sari qui savent d'un battement de cil sur leurs amandes sombres envoûter les hommes. Il y a clairement quelque chose qui se passe par rapport à la tête (qu'on appelle aussi le chef). Les mariées lèvent le voile une fois qu'elles appartiennent au mari. et les communiantes. Les élégantes, naguère, ne sortaient jamais sans chapeau, agrémenté parfois d'une voilette. On cache les cheveux comme métaphore du corps.

Tant que tu ne vois pas ma tête, tu ne me vois pas, tu n'as pas à me regarder. Tant que je suis derrière un masque, je peux voir sans être vue.
Alors, qui décide du voile ?

(À suivre...)

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L'oreille
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presque moi
aller Si j'expose mon verso, c'est pour le plaisir d'être jouée. Le masochisme est mon moyen de transport amoureux. Même si parfois je pleure... c'est de vie qu'il s'agit. Et quand tu me fais mal, j'ai moins mal.

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