Rue Bricabrac

Siège ergonomique

IL fut un temps, encore pas si lointain, où je me pensais obsédée, voyant du sm partout, dans les gestes, les textes, les objets et les paysages les plus anodins.

J'avoue que les choses sont têtues, et quand j'interroge un moteur de recherche par images, à la poursuite d'un siège ergonomique de bonne facture et de prix raisonnable, je tombe une réifiée.

Rions un peu avec Google.

Rue Bricabrac, bdsm, bougie
sculpture Allen Jones - 1969


Poupée passive et passionnée

Rue Bricabrac, bdsm, poupée
photo Roys

MA connivence. Tu as besoin que je te l'exprime, affirme, surligne, assure... Tu attends mon approbation de tes pulsions. Tu souhaites mon aval sur ton emprise. Tu veux la certitude de ma reddition sans condition. Pour que tu puisses me lier, je dois briser tes chaînes.

Alors, je te dis combien j'ai envie d'être ton jouet, ta poupée, languide comme un rêve de nécrophile, jouissant intérieurement de cette passivité comme tu ne peux même pas l'imaginer, comme quand on fait l'école buissonnière et qu'on a la double joie de la liberté tout court et de la liberté volée. Je me délecte de ton ravissement évident tout autant que de cacher le mien, jusqu'à ce que, torturée par tes aiguillons caressants ou cinglants, dolente de trop de plaisir, heureuse de tant de douleur, je commence à réagir, à bondir, à fuir malgré moi. Comme si des ressorts invisibles et des moteurs cachés se déclenchaient sous tes assauts.
Je ne suis pas ta victime, je suis ta complice.
Je ne me décrète pas marionnette pour te plaire, j'en rêvais bien avant de te connaître.

Alors, rasséréné, tu m'appelles Poupée, et tu acceptes enfin ce que tu appelles ton scandale et mon obscénité. Tu es un peu tragique, je suis très joyeuse. J'ai envie de t'inciter à aborder à mon corps offert (et non pas défendant) les rives heureuses d'un SM vivant et exultant, avec de vrais cris, de vraies marques, de vraies suppliques. Et les rires de bonheur de notre complétude.

Alors enfin, tu peux me dire, dans un sourire doux

Ma soeur chérie je veux t'utiliser pour mon bon plaisir jusqu'à l'exploitation et ensuite venir observer, attentif et étonné, le résultat dans tes yeux, dans tes cuisses et sur tout ton corps de cette singulière mise en relation.

tags technorati :


Comediante Tragediante Masochiante

Rue Bricabrac, bdsm, masochisme
photo Campanita de Hojalata

EN ce mois où le théâtre est roi, en Avignon, où l'Enfer est beau et où Shakespeare parle néerlandais, ou à Ivry, ou partout sauf au Fou du Puits, il y a cette pensée de Diderot qui résonne, un comédien serait une structure vide dans laquelle on peut faire entrer n'importe quoi.

Je ne crois pas être comédienne, où si je le suis, je suis mauvaise dans cet art. D'où sans doute mon échec dans les quelques tentatives dans les jeux de rôles (les ou la, je ne me souviens guère qu'une soirée en tête à tête avec H*** où sur sa demande, j'avais revêtu un tablier de soubrette acheté, non sans embarras, dans une boutique spécialisée dans le vêtement professionnel, c'était amusant et piquant, ces pudeurs violables). Mais souvent, est-ce propre au masochisme, je me sens comme une structure vide dans laquelle j'attends que l'on fasse entrer non pas n'importe quoi, mais quelque chose.

J'ai souvent, ici ou ailleurs, au risque de radoter, parlé de la marionnette qu'une main adroite meut, et émeut, ou de la poupée (non point Galatée, surtout pas elle !) inerte qui attend un souffle, que dis-je une tempête organisée par les lanières, pour reprendre vie.

Ce quelque chose, des quelques choses, ce sont des sensations, des sentiments, des sensualités. C'est ce qu'une vie vaine (je ne parle pas de la mienne spécifiquement, mais de ce que propose la vie à l'enfant déjà, quelque chose d'assez peu excitant du moins à mes yeux d'alors et d'aujourd'hui, et ce n'est pas le saut à l'élastique, le zazen ou un boulot passionnant qui me feront changer d'avis) où le libre arbitre n'est peut-être qu'une vaste blague (à 99 %) ne peut offrir.

Les coups m'attendrissent, sûrement. La douleur me dessine, me remplit, et par une chimie qui m'échappe déploie une palette de petites et grandes molécules qui me recomposent, me reconstituent, me rassasient. Dès que la douleur s'estompe, que les muscles se détendent, que la peau retrouve sa couleur claire, le vide me dévore à nouveau. Mon masochisme fonctionne comme le désir. Mon masochisme est un désir béant.

Donne-moi quelque chose pour nourrir mon paradoxe.



Viens faire des bulles

Rue Bricabrac, bdsm, bubble girl
Pour jouer avec BB, c'est ici

TOUT commence par cette animation en flash (plutôt drôlement bien ficelée, si j’ose dire, maligne et tout ça) qui fait le tour de fessebouc en ce moment. Et puis, ce "Filles désarticulées en contorsion" dans les mots clés par lesquels quelqu'un est arrivé sur mon blog (pour en repartir aussitôt, je l'avoue, mais si tu reviens, tu l'auras ta fille, et j'arrête rien).

Je ne sais pas s'il parlait de cette bubble girl que j'ai regardée chuter, s'arrêtant dans des postures hallucinantes (d'ailleurs avec Fièvres que j'ai branché illico sur la meuf en bikini, mais sans ailes, nous avons fait un concours de positions le plus sm).

Malgré mes clics, ou peut-être que ceux-là m'aidaient à mieux fouiller la plaie avec le doigt, cette animation me mettait terriblement mal à l'aise.

Elle me rappelle tous ces rêves de chute sans fin que l'on fait enfant, surtout quand on a un peu abusé du dîner. Sauf que dans les rêves, il n'y a pas de bulles. Enfin, il n'y en avait pas dans les miens. Juste un réveil en sursaut qui faisait office de parachute ou de matelas. Seul Icare s'écrase.

Elle me rappelle les récits des soumises "jetées" par leurs maîtres qui pleurent des larmes rondes comme des ballons et ballottent à tout va. (Je ne me moque pas, je lis juste ici et là des textes souvent maladroits, mais toujours empreints d'un vrai désarroi. Et sachant mes fréquentations, les larguées sont plus souvent des soumises que Cécilia A. née C.) Son chemin sans but ni sens ni fin, Sisyphette damnée, et plus douce sera la chute, est un peu la métaphore du sentiment qui saisit n'importe qui lorsqu'il perd un être aimé, quelle qu'en soit la manière, que l'on soit soumise ou pas. La soumise, habituée qu'elle est de la chose liquide, en parle plus facilement que le maître qui lui ne mouille jamais. (Non, je ne parlerai pas du travail de deuil qui peut commencer quand on a fini de rebondir comme un pantin sans liens.)

Bubble girl est un corps sans maître, tellement laxe qu'il en devient dérangeant (comme le sont les contorsionnistes, ça manque d'os et de freins, tout d'un coup), elle n'a plus d'épine dorsale, ou si peu.
Et si, avant de trouver maître, dhomme, dominamant, sub, esclave, chienne, partenaire, complice, désiré(e), amour, il ne fallait pas avant tout autre chose, être vertébré, un minimum au moins. Pour ne pas être une bubble girl, à la merci de la moindre claque.

tags technorati :


On tombe toujours sur Waldo (et ça fait du bien)

Rue Bricabrac, bdsm, Waldo

WALDO est un obsessionnel joyeux, un dessinateur compulsif, un fesseur de paume et de pointe de plomb. Comme d'autres cliquent, il croque. Des pin-up callypiges aux lunes invariablement rousses, des libertines renversées aux globes cinglés, des petites dames coquettes carrément rougissantes.

C'est délicieusement érotique et évocateur, ça donne envie de lever le bras ou de retrousser la jupe, de faire des bêtises ou dire des sottises, de basculer sur des genoux ou un bureau. Ça donne envie. Tout court. Très fort.

Jusqu'à présent, on pouvait voir les dessins de Waldo sur son écran. Aujourd'hui, pour les Parisiens, il suffit de passer dans une jolie librairie de la rue Lacépède, pour les découvrir sur papier, avec les vraies couleurs. Et en prime, la maison de poupée si minutieuse, si délicieuse, pour adulte fétichiste et fortuné, est exposée et en vente. (On peut en voir quelques images sur le blogue de Mélie, ici et , et encore . Mélie, qui m'a fait découvrir Waldo, est aussi la préfacière du beau catalogue que les amateurs peuvent commander à l'adresse ci-dessous.)

Ensuite, dit la femme qui avait envie d'être une poupée, je rentrerai chez moi où m'attendra un homme en chemise, manches retroussées, premier bouton du col ouvert. Il me demandera de lui raconter ce que j'ai vu, scrupuleusement, sans omettre aucun détail. Si j'oublie quelque chose, je serais fouettée avec la ceinture. Si je n'oublie rien, on jouera aux tableaux vivants. J'aime bien jouer à qui perd gagne à tous les coups.

Librairie de Fabrizio Obertelli, 8 rue Lacépède 75005 Paris, jusqu' au 9 décembre.
Horaires d'ouverture : de 14 h 30 à 19 h. Tél : 01 47 07 18 42/06 74 89 16 06

(XXXB qui a publié hier attendra donc demain, Waldo, c'est tout de même nettement plus intéressant et nourrissant.)

tags technorati :


Hello Dolly !

Rue Bricabrac, bdsm, zentaï, poupée
D.R.

LE résultat est d'une laideur rare, mais l'idée est tellement tordue qu'elle pourrait être presque sublime (dans le sens durassien, forcément...).

C'est l'histoire d'un zentaï qui s'appelle Dolly, comme la brebis clonée, mais aussi comme poupée en anglais. Un zentaï qui reprend le dessin d'une poupée gonflable, couleur rose soi-disant chair, yeux écarquillés, bouche grande ouverte dans un étonnement factice.
À l'entrecuisse, une ouverture permet en revanche de retrouver un authentique vagin (ou une tulipe si c'est un monsieur, car cela existe pour hommes).

Je me demande qui utilise des poupées gonflables. Pour ce que j'en connais, c'est à dire pas grand-chose. Je me souviens du dauphin gonflable que j'avais gagné à un concours de plage et qui crissait de tout son plastique. Le contact n'en était pas super agréable, à l'époque, certains matelas pneumatiques de luxe avaient un petit aspect velouté pour éviter ce méchant plastique peu amène. Mais je m'éloigne, quoique, tenir dans ses bras une poupée gonflable, c'est quand même un peu comme tenter de copuler avec un flipper gonflable, les trous en plus.
Je serais un homme, je pense que je préférerais un gant de toilette rempli de spaghettis tièdes plutôt qu'une poupée dans laquelle j'aurais forcément craché mes poumons, ce qui ne doit pas être l'idéal pour se mettre en condition.

Mais je ne suis pas un homme.

Je suis une femme qui aimerait, parfois, être une poupée, qui ferme les yeux quand on la couche, qui ronronne quand on la touche, et qui se laisse faire et défaire, fers aux mains et aux pieds.
J'aime aussi les zentaïs. Quand bien même je n'aurais pas encore le mien, qui me suffit largement, je ne suis pas sûre que j'aurais envie de me glisser dans un tel appareil. Se faire foutre comme un objet, rien d'autre.
Qu'est-ce qui différencie ma pelure de lycra noire, dans quoi je me sens mystérieuse, à la fois exposée et cachée, de l'autre. L'humiliation ? La mocheté ? Le kitsch ? Le ridicule ?

Et si c'était encore le bon Tom Ford qui donnait la bonne réponse ?

Rue Bricabrac, bdsm, parfum, pub, Tom Ford
D.R.

Quelque chose du domaine de la vulgarité...

tags technorati :


La fausse (donc vraie) soumise

Rue Bricabrac, bdsm, Pygmalion

Dans un mois, le Studio Théâtre de Stains présentera une nouvelle mise en scène de Pygmalion. Celui de George-Bernard Shaw, avec Liza et son prof. Le modèle des relations D/s, le prince dominant étant évidemment un Pygmalion, d'ailleurs, quand ils ne s'appellent ni Marquis, ni Maître, ni Stephen, ni DAF, les messieurs qui veulent être bien placés en tête de gondole dans les allées des tchattes choisiront Pygmalion comme pseudo attrape-soumise.

(En trois mots, le professeur Higgins a parié qu'il pourrait transformer la plus insigne bouquetière des bas quartiers en dame du monde en un temps record. Ce qu'il réussit, non sans tomber amoureux de sa créature.)

L'affiche, qui m'a tapée dans l'œil en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, résume le propos de la metteuse Marjorie Nakache. Certes choucroutée, corsetée, pupettisée, tatouée sur l'omoplate (que j'aime ce détail), Barbie-Galatée-Liza n'en tire pas moins les ficelles de son Pygmalion, et si elle existe, c'est parce qu'elle l'a décidé ainsi. La bonne vieille dialectique du maître et de l'esclave n'est pas morte, et le corset mauve lui va bien.

Alors, m'sieur Pyg, ça fait quel effet d'être manipulé ?

tags technorati :


Décembre avec un C comme cauchemars

Rue Bricabrac, bdsm, vaudou, poupée
Photo Fiona Dalwood

Une mèche de cheveux. Quelque chose de vieux. Une photo de mes yeux. Des aiguilles à en revendre. La voodoo valse est lancée.

En ce moment, mes nuits, les plus longues de l'année qui plus est, sont hantées de cauchemars. Quand P*** est là, ça le réveille, il me demande si c'est un cauchemar et, il ne s'en souviendra plus au matin tant son sommeil est profond, paisible et parfait, me demande
- "Tu veux qu'on en parle ?"
Mais je n'en ai aucun souvenir, juste le souffle court, le coeur en capilotade, des araignées au plafond.
Tandis qu'il m'entoure en se rendormant, j'essaie de me réaccorder sur son souffle et de penser à d'autres manipulations que celles de mon inconscient.

Quelque part, il y a une méchante poupée ornée d'un peu de mes cheveux, qui a mes yeux et un petit morceau d'un vêtement que j'ai porté. Je ne sais bien sûr rien de cela. Mais je sursaute et je crie, porte la main à mon tétin, prête à sucer les gouttes de sang sur mon doigt rapportées. Il n'y en a pas, pourtant, je sens la percure.
Pas le temps de réfléchir, c'est ma cuisse qui danse façon Saint Guy, mais sous le doigt qui suit la douleur, pas de boursouflure.

Ca continue, et tout y passe, je m'appelle Suzette, et Babette aussi, retournée, fouettée, liée. Comme quand on est deux et qu'on s'en donne à corps joie. Sauf que je suis en solo. Et que ce n'est pas la fête.

SM et vaudou, décidément, ce n'est pas ça. Ou alors, encore un autre cauchemar.

tags technorati :


Mois de la photo : Annliz

Annliz vient d'ajouter deux nouvelles séries (cliquer sur series, justement) à ses galeries, Zircus et Ballerine-automate.

Rue Bricabrac, bdsm, Annliz

Son garçon de cirque à la tête prise en cage comme un petit oiseau piégé par un carcan et qui ne sortira plus, plaira aux maîtresses esthètes et qui aiment les symboles. Aliéné à une demoiselle Isa, c'est à dire tenu en laisse et bavant comme un dogue anglais contrarié, encamisolé dans quelque suaire plus que chemise, il tire la langue. C'est tout ce qu'il tirera. Bernique.

Rue Bricabrac, bdsm, Annliz

La Galatée dérouillée par son Pygmalion parle aux soumises malléables et puppets. Articulations - à l'ancienne - de porcelaine, pupilles et poitrine humaines, enfermée dans un ailleurs où personne n'a de prise, le maître (de ballet ?) tente vainement d'encorbeller ses bras, lace un chausson et se lasse de son jouet. Animée sans anima, de vie elle n'a pas, il ne sait pas faire.

J'aime depuis toujours (c'est à dire depuis qu'il ma sauté aux yeux alors que je feuilletais la toile en cherchant des femmes marionnettes, j'en ai d'ailleurs déjà parlé, mais quand on aime on ne compte pas) le travail sur les poupées de cette jeune femme, qui s'intéresse aussi aux insectes et aux réveils, et qui explore de plus en plus finement les univers automates ou les tendresses troubles. Et de plus en plus, j'apprécie de me promener dans ses allées aux senteurs étrangères, comme si le soufre devenait suave, et de rêver à partir d'une photo.

Certains trouveront cela en effet anxiogène. Pour moi, comme pour elle, anxiogène, ça sonne vraiment comme un nom de fleur, une fleur rouge un peu vénéneuse mais au pollen psychotrope. Pour les veinards qui zonent du côté de Bruxelles ou d'Avignon, elle y expose.

tags technorati :


Ma coussine Bécassine

Rue Bricabrac, bdsm, poupée

On a le Graal qu'on mérite.
Ici et là (annonces, tchattes, récits) on entend parler d'une impossible quête de la soumise parfaite, celle qui cause en latin et prend les positions officielles, qui garde les yeux baissés et retient ses gémissements. Toujours prête, jamais lasse, invariablement offerte, forcément modeste, elle sera, selon les critères très définis de son futur acquéreur, blonde à forte poitrine ou asiatique menue de partout (sauf le sexe qui doit être capable d'engloutir un avant-bras sans broncher et sans péridurale).

Rue Bricabrac, bdsm, poupée

Des femmes comme moi, c'est à dire avec mauvais esprit, fond et langue, se gaussent à gorge déployée (la gorge déployée, toi qui cherche ta soum sur catalogue, ça te fait bicher, hein ?) des dediderata ratés de pauvres hères qui confondent rêve et réalité.

Rue Bricabrac, bdsm, poupée Rue Bricabrac, bdsm, poupée

Et pourtant, un petit tour chez les nippons rabat mon caquet. La soumise idéale existe, elle est tunable à volonté, l'oeil manga ou la bouche démaquillée, les cheveux d'une elfe ou sans tête, le kilt d'écolière ou les lunettes de secrétaire, sans bras mais avec des gambettes. Poupée de chiffon avec vagin opérationnel (existe en deux modèles), elle peut se réduire au plus petit dénominateur, un coussin qu'il n'est pas forcément nécessaire de couvrir d'une nuisette.

Enjoy !

Rue Bricabrac, bdsm, poupée
tags technorati :


Baby Doll

Akiza Tandis que je passais et repassais entre un chiffon rêche et raide, comme expliqué sur l'excellent Encordées, deux dizaines de mètres de chanvre, je lisais ça et là des blogues, sautant de liane en liane d'un simple clic.

Depuis le blog au nom japonais d'une traductrice un peu gothique, je me suis retrouvée sur une boutique en ligne face à un sweat-shirt de circonstance (il y en a quelques autres tout aussi craquants).

Au dos d'icelui, une jolie poupée fetish et kawaï, Akiza, une fille d'Hello Kitty et de Jean Tinguely, qui selon l'inspiration de son dessinateur (Robinson, du collectif "Tous les anges") et les désirs de ses amis, se retrouve plus ou moins corsetée, emprisonnée, forgée de fer.

Le mieux est d'aller sur son site pour la découvrir.

PS discret et sussurré à l'auteur s'il lit ces lignes... : dis monsieur Robinson, tu veux pas faire un petit boléro "Un corps sain dans un corset" ?



In the box 3 (Poupées désarticulées)

In the box 3 (Poupées désarticulées)

On les laisse jouer à la poupée, poupée de cire, poupée de son, poupée de chair, poupée pas de bois. Souvent, ils s'en lassent, elle n'est plus toute neuve, ils ont perdu la moitié de ses vêtements, ses cheveux n'ont pas été coiffés. C'est qu'une poupée, ça demande des soins constants, de l'attention, de la préoccupation.


Photo Annliz

Et patatras, ça se termine en miettes.
On leur prête un doigt, ils jettent la main. On leur tend la croupe, en un rien de temps, ils désarticulent les gambettes.
Tout ça pour finir emboîtée. Non pas l'un dans l'autre, enculée ou enconnée, mais enfournée dans quelque carton ou baisenville, d'où on ressortira dans un jour, dans un an, ou jamais.


Photo Mario A.

Dans les milieux chics qui ont été aux écoles et se la pètent, à l'énoncé des mots poupée et désarticulée, on sort sa carte Bellmer. Cambembert, comme on dit au Trivial Pursuit.

Les femmes de Bellmer m'ont toujours dérangée. Je n'ai pas envie de les voir. Je les connais pourtant, comment y aurais-je échappé ? Je me demande même si entre un coucher de soleil sur quelque plage pacifique, un Che en béret et un Freud à femme, le poster Bellmer n'a pas trôné au top ten des affiches convenues pour chambre de bonne d'étudiant frais émoulu.

Dans les milieux intellos qui ont été aux séminaires et qui l'étalent, à l'énoncé des mots poupée et désarticulée, on brandit son Lacan. Apporte-moi le stade du miroir, que je tâte mon corps morcelé.


Photo Etsuko Miura

Le bondage m'a souvent fait cet effet là. Par les liens coupants, par l'occultation de certaines parties du corps, par le jaillissement provoqué et surnaturel d'autres, par l'annulation du mouvement, par la position forcée, il me morcelle et me désarticule.

Cambrée au delà du raisonnable, écartelée comme si j'allais être rouée, dissociant mes seins ou ma vulve de mon tronc, le bien nommé tant mes membres oubliés, suis-je, un instant seulement, une des ces poupées cassées ? Est-ce à cause de mon plaisir, avant, pensant et après l'instant seulement, qu'elles me mettent si mal à l'aise, et que je ne peux m'empêcher de les regarder ? Et que j'évite de me regarder captive de tes cordes de toutes couleurs.



In the box 2 (Jolies poupées)

In the box (2)

La femme poupée jouet sexuel ne ressemble pas toujours à cette particulièrement hideuse (a)mante (voir In the box, premier du nom). La poupée gonflable a le plus souvent deux jambes, deux bras et une perruque. Elle se contente d'être moche. Qu'elle parle (mais que dit-elle ? Sans doute "encore" ou "oui, je la sens bien ta grosse queue", dans un anglais nasillard et métallique d'automate ou dans la langue suave et robotisée des GPS ?), qu'elle soit blonde à forte poitrine, elle tient invariablement dans une petite boîte.

Les progrès étant de qu'ils sont, elle est passée de gonflée à moulée, en pur silicone, à fabriquer sur mesure avec des détails aussi précis que la profondeur de bonnet et du vagin, la couleur du vernis à ongle et de rouge à lèvres, et la délimitation du bronzage. Elle arrive aussi dans une boîte, grande comme un cercueil. Normal, on peut faire ce qu'on veut, elle ne vivra jamais.

C'est peut-être aussi cela qu'on lui demande. Sois belle (voire sois Bellucci, ou son sosie) et morte. Ou le moins vivante possible. Gisante pas rigide. Ta marge de vie peut s'épanouir dans les limites de mon plaisir, sexuel, contemplatif. Je jouis dans toi. Pas forcément de toi. Je jouis avec toi mais sans toi. Le mannequin de vitrine comme compagne d'égoïste. De réaliste. De subreptice. Remember Charles Bukowski, Copulating Mermaid of Venice et ce qu'en fit Patrick Bouchitey, avec Lune froide. Elle était si belle, si élastique, si sirène sortie de l'onde avec des rondeurs partout, qu'on comprenait qu'il y avait de quoi devenir nécrophile.

Est-ce que, quand je désire que mon homme m'objective, me traite en marionnette, de sa main dans ma gaine m'écarte et m'agite, et encore me pose dans les sens dessous dessus qui lui conviennent, suis-je cette fille de mort ? J'espère que non, mais rien n'est moins sûr. Les masos, j'en suis certaine sans pouvoir le prouver, entretiennent un commerce souterrain et discret (pas toujours) avec Thanatos. Est-ce que la poupée, femme objet qui a réussi, serait l'aboutissement de la vraie soumise (j'en suis, ouf, une fausse), baisable et customisable à souhait ? Moi aussi, pourtant, je ferme les yeux quand on me couche.

Ce qui ne fait pas de moi un mannequin en vitrine...


Installation de l'exposition tokyoïte "Dolls of Innocence"

... ou une icône sage comme une image.


Photo Mario A.

(À suivre)



In the box

In the box

L'Orient est rouge. Rouge gore. Demain, sous le titre 3 extrêmes, sortent trois moyens métrages, respectivement chinois, japonais et coréen, réunis en un programme qui promet la peur. En vérité, il s'agit bien plus de films qui outre leurs racines orientales et une indéniable cruauté, jouent franchement plus en perversion majeure et frayeur mineure qu'en grosse peur qui tâche.

Chaque film vaut largement le détour. Pour le plaisir, un instantané de Coupez de Fruit Chan, qui met l'eau à la bouche.


Photo B.O.M.

Celui qui pourtant m'arrête ici s'appelle La boîte, du japonais Takashi Miike. Peu importe, enfin, non mais oui, le sujet réel du film. Là encore, c'est une image qui met en route une intense activité synaptique.


Photo Kadokawa Pictures

Cette petite danseuse qui va entrer dans une boîte, acrobate souple et contorsionniste, assez minuscule et gracile pour se ranger ainsi et permettre à son maître, homme de l'ombre, de refermer le couvercle. Elle se plie à ses désirs.

Rêve de maso, la boîte pour femme ? On la sort de son papier de soie, de son quant à soi, elle s'ouvre comme une fleur, se déploie, étire chaque centimètre de chair. Elle ne sort pas comme un polo à ressort, ni comme une bimbo d'un gâteau. Elle reprend vie délicatement. Elle dort dans la couche de l'homme, et l'aube venue, s'enroule dans la nuit de son écrin. Femme cadeau, femme objet. L'emboîtée n'est pas une encagée.

Mettre les femmes en boîte, littéralement, ça me raconte des histoires. Pas exactement celle que Jennifer Chambers Lynch, moins douée que son père David, a imaginé avec Boxing Helena. Helena qui se retrouvait femme tronc pour un homme qui lui sciait les ailes et l'asservissait radicalement.

Poupées baisables, incapables de s'enfuir, ne prenant que le minimum de place, encore vivantes quand même, faut que ça bouge un peu, beaucoup, passionnément... Femmes réduites au minimum fuckable, à ces poupées gonflables dites de voyage qu'on trouve dans les bons sex-shop, trois trous, deux seins, un cul, dans un espace minimal, une petite boîte.

La femme en boîte, avec ou sans membres, serait donc un idéal de macho sado, toujours dispo, sans mal de tête menstruel, maniable à loisir. Suffisamment précieuse pour la cacher au coffre. Trop secrète pour l'exhiber. (Il y a des collectionneurs onanistes qui conservent leurs oeuvres d'art dans des bunkers.) Il suffirait de lui sectionner les cordes vocales pour en faire une jolie poupée muette.

La pépée en panière, c'est une proposition de poupée.

(À suivre... et en attendant, tous à 3 extrêmes)



¶
L'oreille
Juke Boxabrac
¶
La peau
Présentation

presque moi
aller Si j'expose mon verso, c'est pour le plaisir d'être jouée. Le masochisme est mon moyen de transport amoureux. Même si parfois je pleure... c'est de vie qu'il s'agit. Et quand tu me fais mal, j'ai moins mal.

¶
Les mots
Flash-back
À lire
¶
L'oeil
Des images pas sages
www.flickr.com
Voici un module Flickr utilisant des photos publiques de Flickr comportant le(s) tag(s) bdsm. Cliquez ici pour créer votre module.
¶
Le cliquodrome
Agrégation
  • allerfil RSS 1.0

  • allerfil RSS Commentaires

  • allerfil Atom 0.3

  • allerfil Atom Commentaires

Meta
  • allerGet Firefox!

  • allerAction Mondiale Contre la Faim

  • allerCombattez les spams : Cliquez ici

  • allerEt la propriété intellectuelle, c'est du poulet ?

  • allerHalte au copillage !

Épistole

aller Si vous souhaitez m'écrire, il suffit d'ouvrir votre courrielleur préféré, et d'adresser le tout à b.ricabrac chez free, en france. (On a le brouilleur de robot qu'on peut, logiquement, les humains devraient décoder.)

¶
Les rubriques
Classement