Rue Bricabrac, bdsm, Pierre Klossowski, Roberte

BEAUBOURG accroche les "Tableaux Vivants" de Pierre Klossovski, un titre dont l'écrivain, peintre à ses heures, dans un style radicalement différent de son frère Balthus, disait être tautologique.

Pierre Klossovski, ce sont mes années d'études, ses essais d'abord, sur Neitzsche et Sade, et puis de fil en aiguille, les érotiques, La révocation de l'Édit de Nantes, Les lois de l'hospitalité, Roberte ce soir... Il y a suffisamment de ressources sur Internet et en librairies (notamment la réédition de la revue Arc qui lui avait été consacrée, aux éditions inculte) pour que je ne joue pas les cuistres mauvais pédagogues de surcroît en pérorant sur son oeuvre philosophique, érotique et picturale. Sauf à dire que je suis en arrêt devant son style, et que de m'y replonger me ravit.

Klossowski, plus près de la peau, la mienne, c'est sa relation à Denise, sa femme, dont le troisième prénom est Roberte, et sous l'épiderme de qui il va chercher les fantasmes de son double à lui, Octave, le vieux mari.

Et ses dessins, découverts d'abord dans une édition originale des éditions de Minuit puis dans une expo, à Saint-Germain, sans doute. Un dessin a quelque chose d'ingrat, de pas immédiatement aimable, peu flatteur, mais attirant.

Me voilà à Beaubourg, au quatrième étage, quittant l'escalator et la vue sur Paris sous le soleil pour des grands formats mythologiques. Diane, Judith et Lucrèce ont les traits de Roberte, tout comme dans les romans, elle a certaines qualités de ces héroïnes. Soudain, un peu kitsch en 3D, sculptée en résine par Jean-Paul Réti, d'après les dessins de Pierre, Roberte, aux barres parallèles.
Flash-back et surcharge émotionnelle.
J'avais, je ne sais plus, moins de 20 ans sûrement, je lisais Roberte ce soir, députée bien mise et rigide, et ici mise en scène par son mari, humiliée, fustigée, empoisonneuse (je mélange peut-être plusieurs titres dans ma machine intime à remonter le temps), forcée au plaisir et le prenant de belle manière, sous ses airs hautains et outragés.

J'en ai un peu assez du mot "trouble", mais tout le trouble ressenti alors est revenu, poussé par un vent qui le décuplait.

Ce trouble parce que j'ai retrouvé très exactement mon fantasme originel, plus ou moins né quand je savais à peine lire et que Klossowski écrivait ses érotiques. Roberte a des postures paradoxales. Elle repousse ses tourmenteurs tout en jouissant en silence de leurs affronts. J'ai tellement envie qu'on me force à cette jouissance que je suis masochiste.
Enfin, je crois.