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Tu m'as dit "Te voilà attachée et libre de tes mouvements".

En artiste, tu avais, de la très longue corde de chanvre noir, tissé une toile d'arachnée qui me déshabillait plus qu'elle ne me fagotait. Mon clitoris, d'ordinaire si timide, tiré par le cordeau. Mes seins pris au lasso, gonflés comme ceux d'une parturiente. Mes fesses, bien séparées mais à l'oeil inaccessible. Bras et jambes capables de battre la campagne, poignets et chevilles prêts à résister.


Photo Chrisceltic

En quelques noeuds, tu décrivais le paradoxe de ma condition et de mes aspirations. Libre mais soumise, liée mais pas immobilisée. Complice mais pas victime.

Ainsi arrangée, je signais mon offrande, l'entrave n'était qu'un ruban autour du cadeau, le licol un collier d'apparat. Pas d'embarras.


Illustration Domenic

Tandis que tu profitais de ces parties exhorbitées par tes ligatures, frappant ici, pinçant là, tordant sur les morsures, mordant dans les pliures, griffant les brûlures, attisant les zébrures, tandis que je ne pouvais pas toujours résister à la tentation de fuir, de me coller contre toi, de serrer les cuisses, de me retourner, de mendier des caresses qui me permettraient de reprendre mon souffle, j'ai pensé, rêvé, crié "attache-moi".

Ou était-ce "écartèle-moi" ?

Plus tard, c'est avec bonheur que je me suis collée à toi, les fesses contre ta queue, dans les murmures d'après jouissance, nos bras et doigts emmêlés, les mots laissant de plus en plus de place aux pointillés, ton souffle de dormeur dans mon dos, encordée dans ton corps.