En lisant, en parlant avec elles aussi, de ci de lˆ des témoignages d'autres femmes qui vivent au quotidien ou en séances virtuelles, lˆ n'est pas le propos, le bdsm, je lis, j'entends, souvent le mot seigneur, venant qualifier leur compagnon, bourreau, amant, complice, camarade de jeu, bref leur ma”tre, les deux substantifs étant le plus souvent accolés dans l'expression seigneur et ma”tre, des fois que seigneur tout court ne soit pas suffisant).

Suffisant. C'est bien de suffisance qu'il s'agit. Je ne sais rien des seigneurs, étant née dans un monde où les suzerains sont remplacés par les patrons et où les royaumes n'ont plus vraiment court. Les royaumes, c'est le capital, maintenant, et si certains ont encore cour (insérer ici quelques mesures du God save the Queen) c'est avec conseil des ministres et fonctionnement tout ˆ fait démoncratique. Seigneur, ˆ ce qu'il me semble (car je suis toujours aussi mécréante que la dernière fois), c'est une des manières qu'ont les religions monothéistes de se référer ˆ dieu. Cela fait beaucoup pour un seul homme... eût-il lu Histoire d'O et sût-il manier la tawse . D'ailleurs, la problématique est double. Il y a l'homme qui se fait appeler Seigneur, avec un S majuscule comme dans Salaud (au hasard) et il y a la femme qui affuble, parfois de son plein gré et avec un enthousiasme galopant, son bonhomme de ce Seigneur, toujours avec un S majuscule comme dans Sa Sainteté. A quoi pensent-ils ? Quelle volupté et quels signifiés recouvrent ce mot ? La barbarie est loin, mais le seigneur, c'était celui qui avait droit de vie et de mort, non ? (Alors en effet, c'est bien un dieu au petit pied, qui s'occupait aussi de la collecte des imp™ts, déjˆ le capital). Et la dame qui se place ainsi sous l'autorité surnaturelle de monsieur seigneur, faut-il entendre qu'elle se vit comme son royaume ? Le seigneurité infuserait-elle par capillarité, contaminant l'esclave au passage ?

Forcément, quand on parle seigneur, une fois qu'on a éliminé le tentant mais trop jeu de mot laid saigneur, c'est ˆ la race des seigneurs qu'on pense, surtout en ces jours où l'actualité nous les remet en mémoire. Comme les tentatives de la mettre en place, cette supposée race surtout garce, ont échoué, autant s'autoproclamer, ou se faire proclamer seigneur. Elle m'appelle Seigneur (avec un S majuscule comme dans Simplet), c'est donc que je le suis. Et que j'agis comme tel, même quand je vais chercher mes clopes au tabac du coin. Quant ˆ madame, porteuse du Sceau Sacré de Son Suzerain Souverain voire Siffleur (just whistle, elle lui a dit en coulant un regard engageant), fatalement, elle fait aussi partie de la garce, je veux dire de la farce, enfin bref, du goulash rance seigneuriseigneura.

Sachant que seigneur fait souvent la paire avec ma”tre. Faut il alors penser que le refrain de L'internationale a été écrit avec la clairvoyance des futurs excès de langage des couples qui naviguent entre Sade et Masoch ? (Insérer ici quelques secondes de Ni dieu ni ma”tre, ni césar ni tribun.)

Les américains avec leur dom et sub, top et bottom ont peut-être réglé le problème. En ce qui me concerne, bottom, ça me va bien, c'est très précisément ce que je surexpose le plus jouissivement dans mes jeux.

(À suivre prochainement, dans le cadre de mes existentielles pas essentielles interrogations sur les hiatus entre mes pratiques et mon éthique, mon idéologie et ce que je reçois comme infos brouillées de la planète bdsm.)