Rue Bricabrac

Mois de la photo (suite)

Moriyami

Daïdo Moriyama aime photographier les femmes toute chair dehors, comme des taches de lumière dans un environnement sombre, que l'on croise dans les lieux clos du quartier de Shinjuku. Ou alors, au gré des pochettes de disques ou des expositions, comme d'apeurées jouvencelles désemparées dans des lieux abandonnés, la fraîcheur de la jeune femme constrastant avec l'aspect poubelles des lieux.

Il met son oeil et son objectif subjectifs dans l'angle où on l'attendait le moins, entre gros plan et perte de vue. Subtil, il photographie un souvenir, une trace, une chaussure abandonnée, le creux d'un lit défait.

Quand il passe par Paris, les petites femmes qu'il immortalise sont les mannequins des vitrines que juste l'espace d'un instant, on pourrait croire vivantes.

Là où il me trouble le plus, c'est quand il saisit une bouche ou une fleur, pareillement ouvertes, offertes au summun d'un épanouissement tout en rondeur, comme si c'était un sexe de femme.

Daïdo Moriyama expose à Paris jusqu'au 10 janvier 2005 à la galerie Mennour, 60 rue Mazarine



Masonette

Pantin

Le plasticien passionné (entre autres) par Kleist, la danse, le théâtre de marionnettes a reçu, au cours d'une conversation de la part d'une dame Cila (je n'arrive à la joindre pour lui demander son accord pour emprunter cette image que je trouve si belle et parlante et fort à propos avec le texte "mariochisme", alors d'impatience, je le devance et la remercie mille fois, je l'aurais rêvée, je ne l'aurais pas imaginée autrement), la photo ci-dessous.

Elle reflète si bien ce que j'essayais maladroitement de dire que je la pose là, avec délicatesse et sans plus de commentaires. Cette image parle bien et cascade d'émotions.



Mariochiste

Un jeune correspondant, plasticien de son état et poète dans l'âme, m'envoie un joli court texte de Kleist (Heinrich von) et de 1810 sur le théâtre de marionnettes ("Uber Das Marionettenntheater").

Ils nous parle, à lui, à moi, sur des modes différents.

Le motif de la marionnette revient souvent dans mes images, dans mon imaginaire, dans mes métaphores et mes analogies. Masochiste. Marionnette. Être jouée. Être liée. Être manipulée. Être entravée. Être contrôlée.

J'ai souvent suspecté que l'une des raisons, non, pas raison, l'un des plaisirs collatéral de mon masochisme puisait sa source dans une extrême passivité, passivité hautement réprimandée à l'aube de ma sexualité, dans les années 70 commençantes, quand il était de bon ton que la femme soit dessus et s'active comme une diablesse.

Quelle fatigue ! Rien que d'y penser, j'en baille.

Blague dans le coin, et retour à nos marionnettes (comment peut-on être féministe, féminine et masochiste ? Ce sera l'objet, ou pas, d'un blogue un de ces quatre, juste après "sadomasochisme et humour, couple irréconciliable ?). Abdiquer de la pensée, du mouvement, des réflexes mêmes. N'être que le pantin des désirs et de la volonté de l'autre. Un temps en tous cas. Sensation grisante d'un facile abandon. Comme si ma jouissance était subsumée à la perte de contrôle.

Je me suis souvent, au bout de la queue ou de la main d'un amant, sentie animée et maniée par ce corps, ce bras, comme une marionnette à gaine. Mouillée. E mue. Mue et émue.

Mais le texte de Kleist parle de marionnettes à fils.

Une marionnette qui s'éveille, si j'ose dire, est un spectacle magnifique, beau comme un ballet. Ça a l'air mort, sec et dur comme du bois, tout juste bon à amorcer un feu de cheminée. Et la tête se redresse. Puis un pied. Deux doigts. Un avant-bras. Une cheville. Ça commence comme le dépliage d'un origami, il n'y a que des angles bruts, de la raideur. Et puis c'est Nijinski, une grâce aérienne, les pieds qui flottent à quelques millimètres du sol. Presque irréel.

Jubilantes, les marionnettes qui sont ainsi agies. Quand elles sont de chair. Quand elles peuvent un temps, se dédoubler, sortir d'un corps lourd de souvenirs, de névroses, de blessures pour n'être plus que sens sans mémoire, être éolien en presqu'apesateur.

Galatée plutôt que Pinocchio, tout de même.

Vivre non seulement par le regard de l'autre mais par son souffle. (Aïe, ça vire biblique, cette histoire décousue.)

(À lire en écoutant "Poupée de cire, poupée de son", pour la note acidulée très sucette à l'anis)



RTT

Il y en a qui prennent leurs congépés chez Pierres et Vacances ou qui vont en croisière sur le Nil, les pyramides, les pharaons.

Perso, je suis allée gribouiller mes texticules sur un site ami.

Les dernières nouvelles de demain sont donc chez fesrouge.

Et demain, je serai de retour ici pour parler d'hier. Ou d'autre chose.



En prise ?

Vuitton

Je ne sais pas pourquoi, je n'ai jamais aimé les sacs Vuitton. Depuis toujours, quand je voyais une femme serrer contre elle ce petit bout de toile enduite monogrammé, je lui jetais un regard noir (au sac et à la dame, dans un élégant mouvement d'ellipse).

Enfin, si, je sais pourquoi.

Peut-être parce qu'ils ont été les premiers à afficher leur logo (en moult exemplaires) sur leur production plastifiée (tout en mettant le plastique au prix du platine), de manière à ce que l'on reconnaisse d'entrée de jeu la marque (sans faire le moindre effort de style, comme Hermès avec le Kelly par exemple).

Peut-être parce que celles qui le portaient, pas forcément les plus rupines, pour exhiber ce signe d'appartenance à la tribu qui en a deux (le L et le V), dilapidaient leur SMIC pour devenir les femmes sandwiches d'une marque snobinarde.

Peut-être parce que c'était la preuve exhibée d'un conformisme grégaire. Surtout parce que ces sacs étaient terriblement moches.

Aujourd'hui, Vuitton fait partie de la pieuvre LVMH (qui a fait main basse sur le luxe, Dior ou Lacroix, Moët ou Ruinard, Make Up For Ever ou Connaissance des Arts, 12 milliards de chiffre d'affaires, excusez du peu) et florissante, nous sort quelques modestes colifichets tendance glam porn sm.

Allez savoir pourquoi, à l'idée des femmes vanilles qui exhiberont ce collier de chienne ou des épouses d'émir qui cacheront une menotte sous la burqua, je me sens vengée.

La collection s'appelle Emprise, encore un joli sujet de rigolade.



Quand il ne reste que la peau

Il ne fait pas froid. Pourtant, j'ai la chair de poule qui picote ma peau nue.

Je ne sais pas si tu es encore là. Déjà là. Toujours là.

Comme tu me l'as demandé, j'ai bandé mes yeux et mis de ridicules bouchons d'oreilles. Je me suis ensuite menottée les mains dans le dos et j'attends.

Si tu es là, tu ne fumes pas.

Je ne sais pas ce que j'attends.

Je sais qui j'attends. Toi.

Je sais ce que j'espère. Toi, ta main, claquant sur moi, fouillant en moi, tes doigts à lécher, ta queue à bouffer, la cravache en guise de dialogue, plus vite, plus loin, plus fort.

J'ai horreur de ce vide, de cette position de godiche, du temps qui se dilate, une minute vaut une heure.

Je compte les secondes.

Je me mets à rêver.

À ce que tu me feras. Ou pas.

À ta bouche qui dévore aussi bien mes lèvres avides que mon oeil froncé caché.

À tes mains qui tranforment le s en d, sévice en délice.

Ça doit faire deux heures. Non, une demi-heure.

Je t'appelle. A peine un murmure qui s'échappe de ma bouche.

J'ai soif. Pas que de toi.

Je recompte les secondes. Les mois. Les siècles.

Je tourne sur moi-même.

Je te prie de te manifester.

Tu aimes l'opéra. Je chante la part de Leporello. Faux.

Si encore tu étais un fumeur compulsif.

Ce n'est plus de la chair de poule, c'est la toison d'un hérisson apeuré.

Et si j'attaquais la reine de la nuit ?

Je me laisse glisser sur le sol et me roule aussi ronde et lisse que possible.

C'est là que ton fouet claque, libération qui m'arrache un cri de surprise et de douleur.



Mois de la photo

Mois de la photo

D'accord, c'est typiquement du porno chic. Et alors ?

Ces photos glacées de Sacha Dean Biyan sont peuplées de créatures jamais froides et dont la chair, mon cher, donne envie de monter en chaire, tant elles sont fières, pour vanter leur hiératisme et leur férocité.

Femmes elles sont, femmes multipliées, femmes exposées, femmes exhibées, femmes emballées, femmes tirées à quatre fils, femmes enguirlandées, femmes projetées, femmes morcelées à la poursuite de leur corps.

Maquillées comme des poupées ou des camions volés, fardées comme après des pleurs, comme avec les deux yeux au noir beurre.

Femmes commes des mannequins de vitrine ou en travelotes, femmes posées comme le temps arrêté, femmes endiamantées sur lit de chats indifférents ou menottées dans un déluge de mousseline.

Femmes sexysaphiques, voleuses d'oranges la main dans le sac ou bretteuses félines, femmes fauves ou chauves, femmes déchirées, zébrées ou à trous trous.

Femmes frères ou soeurs ennemies, femmes exhibitionnistes et provocantes, fausses jumelles et vraies siamoises.

Et quand elles s'adonnent au sadomasochic, c'est effleuré et boudeur, tout en moue. En revanche, quand elles se battent, elles sont tigresses, toutes en ongles et stilettos.

Sacha Dean Biyan a un portofolio (où ont été volées les créatures ci-dessus) superbement mis en web. On peut y télécharger des fonds d'écran, des économiseurs d'écran et des e-cards. Etonnez vos amis !



Ceci n'est pas une pipe (ni un Magritte)

Ceci n'est pas une pipe

L'homme arbore une cocarde et un bonnet de trappeur...

La femme porte chemise à fleurs de lys et bonnet de nuit...

Si cette pipe satyrique n'a jamais été fumée, elle n'a d'ailleurs pas de tuyau, la fessée est définitivement révolutionnaire (les fessées publiques étaient légions alors), l'homme souriant représente le peuple, la vieille femme la royauté.

Merci aux Objets du Tabac



De bandage en bondage

De bandage en bondage

Quand Romain Slocombe prend des photos, ses modèles sont des jeunes japonaises en baby-doll ou en dessous chic, clouées sur un lit d'hôpital ou un fauteuil roulant par de nombreux plâtres et bandages. Suprême délicatesse, certaines ont un bandeau sur l'oeil. Dans cette esthétique de la blessure (supposée), il cousine avec le Ballard de Crash.

Quand Romain Slocombe écrit des polars, il met en scène un autre lui-même, Gilbert Woobrooke, photographe anglais nippophile, fétichiste et spécialiste du cul au Japon, comme il le dit lui-même. Aucun lieu louche ne lui est inconnu. Parfois, il n'écrit pas de polars, mais on retrouve toujours son oscillation entre bondage et bandage, chanvre ou velpeau, du moment que ça attache. (Ca tombe bien, façon ton sur ton, son écriture est très scotchante, l'animal a du talent.)

On trouve sur la toile pas mal de lianes à lui consacrées. En voici quelques unes.

  • Pour voir quelques extraits de films
  • Pour lire des critiques de ses livres
  • Pour voir d'autres photos



Dura sex, sed sex

Chaque année, une célébre marque de préservatifs fait une grande enquête sur la sexualité du monde. Si si. Même que ça s'appelle Les dessous de la sexualité dans le monde. Grande enquête (aka Global Sex Survey) signifiant qui (350 000 personnes en 2004 disent-ils) veut répondre le fait en ligne (donc les résultats n'engagent que ceux qui les lisent).

D'une année sur l'autre, les thèmes évoqués changent légèrement et visent à cartographier nos pratiques.

Durex compte le nombre de rapports et annonce que la France, l'an passé dépassée par les slaves, reprend la tête grâce à 137 coups de queue dans l'année. Que les islandais sont les plus précoces avec un premier rapport à 15,7 ans bien que ce soient les allemands qui ot reçus leurs cours d'éducation sexuelle le plus tôt, à 11,3 ans. Côté préliminaire, c'est chez l'Anglais qu'il faut aller voir, avec 22,5 minutes au compteur.

Quelques autres considérations orgasmiques (champions - ou vantards ? - les italiens) et préventives (sortez couverts) plus loin, on en arrive à ce qui m'intéresse, les pratiques et accessoires pour faire monter le désir.

Evidemment, les films porno tiennent le haut du pavé, surtout en Afrique du Sud. Mais les menottes et bandages des yeux se portent bien. En moyenne, 22% (19% des hommes, 27% des femmes). Bon, peut mieux faire.

Pour mieux faire, justement, il suffit d'aller au Danemark, il y a un vivier (55%). Rapidement joignable en Eurostar, le Royaume-Uni affiche un aimable 51% suivi par la verte Erin à 48%.

Ensuite, il y a les divers gadgets alias sex-toys qui branchent 56% des islandais et 43% des grands bretons. Des chiffres à la cheville desquels n'arrivent pas nos compatriotes françaouis qui menottent et aveuglent à hauteur de 28% (mais au pays du bondage, le Japon, ce n'est que 26%, les shibarimen sont peu attachants...) et ne gadgetisent pas plus qu'à 22%.

Sado-maso de tous pays, sus au Nord !

Plus d'infos ici : http://www.durex.com/FR/



Réveil (L'aurore aux doigts...hmmmm)

Du sperme englué dans ma frange.

Des traces de foutre, le tien ou le mien, sur la couette.

Une goutte de sang séché sur mon téton.

Le chat, à mes pieds, qui mordille avec application les lanières d'un martinet.

Ton odeur familière sur l'oreiller.

Une corde noire, large, plate, longue, entortillée sur le plancher.

Mon coeur qui bat à fleur de fesses.

Le sac à malices béant. Vide sauf une chaînette et ses pinces.

Mon sexe comme encore plein, d'avoir été trop fourré.

Une cravache sur la bibliothèque, mon soutien-gorge sur le miroir et à mon poignet gauche, un bracelet de cuir.

Penser à regarder derrière le lit avant que la femme de ménage n'arrive.

Le mousqueton qui brille à l'anneau du plafond. On dirait qu'il tangue encore.

Des fesses qui ne sont plus rouges, mais fleuries de taches bleues, de zébrures pourpres.

Tu as oublié ta ceinture ? Ah non, c'est une des miennes. Sur le canapé.

Un bandeau sur le rebord du lavabo.

Une odeur de cuir, de chanvre et de chocolat.

Les muscles des cuisses durcis.

Le bac à glaçons, vide, dans l'évier.

Une belle nuit sans lune.

Une envie de retourner me coucher, de m'endormir, de retrouver ces reliefs dans un rêve.

Arrêter le temps.



Le baiser (Il n'y a pas que Doisneau)

Le baiser

Je n'ai découvert cette photo qu'il y a quelques semaines, sur le weblog de Magic Master. Une des toutes premières de son blog, lui-même ne sait plus où et comment il l'a trouvée.

C'est une pépite.

Elle me fascine.

Plus je la regarde, plus je me dis que depuis ces décennies où je rêve (et ces décennies où je ne fais plus que rêver mais où je déguste) de fessées et de rapports de force consentis, de domination sadique et de rudes corps à corps, de matage et de reddition, c'est à cette image que je pensais. A tout ce qu'elle montre et ne dit pas, à tout ce que j'imagine qu'elle dit, à tout ce qu'elle dit et que j'ai envie de vivre.

Au contraste entre le don et la contrainte, entre la force et la dédicace, entre l'abandon et la prise.

Parce qu'au fond, c'est d'amour dont il s'agit.



Amsterdam (et dame en enfer)

La première chose que j'ai faite en descendant du Thalys a été de chercher un coffee-shop. A peine si j'ai déposé les bagages. Je t'ai laissé, las du voyage et de mon idée fixe, dans la maison que les H. nous avaient prêtée pour une semaine. Une maison comme sur une carte postale, en bord de canal, étroite et superbe. Dans le living de ce presque loft, il y avait, vestige des commerces de grains, une roue d'époque, simple objet de déco maintenant (les H. sont assez sidérants pour cela, couple totalement vanille, mais recélant toujours des objets du culte comme cette pagaie lourde et lisse dans leur nid en Normandie). Quelques piliers porteurs sollicitaient aussi l'imagination et promettaient des loisirs inédits.

Mais pour le moment, la mienne, d'imagination, était tout entière peuplée de feuilles dentelées et de fumée odorante. Pas un neurone qui n'était azimuté coffee-shop.

Trente minutes après, j'étais de retour avec des têtes de premier choix et une minuscule pipe en métal, qui me rappelait la Californie.

J'ai sonné, j'ai attendu que tu descendes cet escalier tellement raide, aux marches larges comme la moitié de ton pied. Tu es venu m'ouvrir, je me suis jetée dans tes bras, mais au lieu de m'enlacer, me réchauffer, tu m'a serré le bras, la nuque, tu as dirigé ma tête vers l'escalier. Tout au long, tu avais sur certaines marches, disposé nos jouets, de manière aléatoire en apparence, ici un paddle, là le battoir, le martinet plus haut, la cravache plus bas. C'était aussi attirant qu'effrayant. La nature morte avait de la gueule, chemin des supplices escarpé, ludique oui, sadique tout autant.

La configuration minimale et raide de l'escalier m'obligeait à une position inconfortable et déséquilibrée. Les pieds en danseuse, les cuisses écartées, les mains posées deux marches plus loin, la jupe troussée par dessus la tête, les cheveux traînant sur le sol, aveuglée par la soie et le coton, j'ai senti que tu essayais, pour de vrai, pour la première fois, de m'arracher ma culotte, mais la rétive solide ne se laissant pas déchirer, tu l'as tirée jusqu'à ce qu'elle rentre entre mes fesses, me soulevant presque au passage, me meurtrissant la barquette.

Tu n'as pas ménagé ta force, et en un rien de temps, la lourde lanière de cuir m'avait enflammée, chassant le froid humide des canaux en novembre qui me collait à la peau. Tu me frappais par volées de dix, retentissantes, brûlantes, encore supportables, très excitantes. Je grognais de contentement sous mes jupes.

D'un coup de genou dans le derrière, tu m'as faite avancer, dans cette position absurde et indigne. Et à marche supplémentaire, degré supérieur dans la punition. Il fallait que je compte ce qui allait s'avérer être des coups de cravaches, cette cravache en nylon que tu venais d'acheter, qui sifflait comme un serpent diabolique et qui zébrait à coup sûr. A coups sûrs. Tellement sûrs que mes jambes en tremblaient et qu'à plusieurs reprises, mes genoux se sont dérobés. Sèchement, joignant la voix au geste, tu m'as relevée en tirant sur cette ficelle entortillée qui quelques minutes avant était encore une coquette culotte dentelée. Tu m'as chipoté, c'est de bonne guerre, j'aime tant cette injustice dans nos jeux, deux ou trois coups pas assez bien articulés. C'est certain, avec mon cul aussi tendu et mon visage enfoui, la cravache faisait plus de bruit de ma voix.

Toujours aussi rude avec moi, tu m'as encore fait gravir une marche, je ne sais pas quel était le numéro du ciel qui m'attendait à l'étage, mais en ce moment, c'étaient des fenêtres avec vue sur un certain enfer que tu m'ouvrais, à bras déployé. Et à sexe érigé, si j'en crois la protubérance que tu frottais sur mes fesses, en guise d'intermezzo. En plus de compter, il fallait maintenant que je te remercie. À plusieurs moments, trop aigus, j'ai déguisé mon cri en merci. J'avais décidé de ne pas plier, ni supplier. Tu voulais jouer, je jouerai aussi. J'allais amadouer la douleur, la faire mienne, j'irai au devant de ton bras. Quoique, dans cette position, pas trop moyen, sauf à me mettre sur le pointe des pieds, d'être plus proche, de m'avancer encore. Mais je le ferai. Et après cette troisième session, au bon vieux martinet des familles, je suis venue me coller contre ton jean, aiguiser les sensations de ma peau tannée contre le tissu rugueux. Ca marche à chaque fois, ça décuple mes sensations. De plusieurs doigts, tu as fouillé mon sexe, j'étais tellement trempée qu'un clapotis se fit entendre. J'ai léché ta main avec avidité. Et je t'ai encore remercié, pour tant de suspense, tant de soupirs, tant de surexcitation.

Le latex mordant m'attendait. Le défi consistait, sous peine de deux coups par cri, à ne pas manifester autrement que par le comptage et les remerciements, le plaisir ou la douleur. J'ai planté mes dents à plusieurs reprises dans le tapis de l'escalier pour ne pas laisser échapper les hurlements que provoquaient cette saleté de latex rond et blessant.

Et plus je souffrais, et plus tu m'interdisais de plier les genoux, de lever un bras comme une vaine défense, de gémir, de japper, de sursauter, plus je gravissais ces foutues marches, plus je jouissais sans retenue, mon foutre entre les cuisses, à croire que c'était toi qui y avait éjaculé.

J'ai posé mon front au sol, pour me soulager.

Je ne sais pas comment tu as réussi à me garder ainsi à cette frontière de la douleur bonheur sans que jamais je ne me roule en boule, position foetale de soumission régressive, peut-être parce que la menace qui planait était que tu ne lécherais pas ma peau lacérée, que tu ne me ferais pas l'amour, que tu me laisserais entortillée dans mes vêtements, en feu et en pleurs sur les marches, et que tu irais à ton tour faire la tournée des coffee-shop.

Je ne pensais plus à te défier, tu m'avais matée. J'attendais le palier, j'attendais la fin du cyclone qui s'abattait sur moi, j'attendais que tu t'enfonces en moi, les boutons de ta braguette appuyant sur mon arrière-train plus attendri qu'un tartare, à vif, m'enculant en guise de point final, faussement brutal, adorablement bestial.



Zoo-shibari

Shibari

Il y en a qui dorment avec nounours dans les bras.

Et puis il y a celui qui, précoce, si le psychologue scolaire le savait, il en serait tout retourné, bonde son ours.

En tous cas, la peluche n'a pas l'air mécontente de ce traitement collant et noueux.



La femme aux deux visages

Adjani

Qu'elle soit comédienne n'a aucune importance. Qu'elle se prénomme Isabelle pas plus.

Non.

Ce qui est intéressant, c'est de voir, ainsi juxtaposées, deux images d'une même femme. Deux images diamétralement opposées en apparence, et qui se rejoignent pourtant.

L'une à la fois sauvage et en Dior, conquérante mais enchaînée, une bague comme une boucle d'oreille pince-téton, un collier d'esclave trop aimée, un rugissement mourant au bord des lèvres. Offerte, égoïste.

L'autre en tenue de baptême, rendue plus nue que nue par une paire de chaussettes tire-bouchonnées et cette assise sur un minuscule banc. Les yeux baissés mais la bouche entr'ouverte qui promet, des genoux de petite fille et une pudeur de femme. Vulnérable, apeurée.

Deux attitudes formidables d'ambiguïté, la première qui se prête juste et ne se donnera jamais, malgré la fougue de la posture ; la seconde qui se garde pour elle, murée dans son jardin secret et dans la symétrie d'une pose de fausse modestie.



¶
L'oreille
Juke Boxabrac
¶
La peau
Présentation

presque moi
aller Si j'expose mon verso, c'est pour le plaisir d'être jouée. Le masochisme est mon moyen de transport amoureux. Même si parfois je pleure... c'est de vie qu'il s'agit. Et quand tu me fais mal, j'ai moins mal.

¶
Les mots
Flash-back
À lire
¶
L'oeil
Des images pas sages
www.flickr.com
Voici un module Flickr utilisant des photos publiques de Flickr comportant le(s) tag(s) bdsm. Cliquez ici pour créer votre module.
¶
Le cliquodrome
Agrégation
  • allerfil RSS 1.0

  • allerfil RSS Commentaires

  • allerfil Atom 0.3

  • allerfil Atom Commentaires

Meta
  • allerGet Firefox!

  • allerAction Mondiale Contre la Faim

  • allerCombattez les spams : Cliquez ici

  • allerEt la propriété intellectuelle, c'est du poulet ?

  • allerHalte au copillage !

Épistole

aller Si vous souhaitez m'écrire, il suffit d'ouvrir votre courrielleur préféré, et d'adresser le tout à b.ricabrac chez free, en france. (On a le brouilleur de robot qu'on peut, logiquement, les humains devraient décoder.)

¶
Les rubriques
Classement